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Réflexions sur l’ordonnance électronique et la sécurité

Affiché le 8 novembre par le Dr Michael Hamilton 

Il est important de ne pas voir l’ordonnance électronique comme une fin en soi, séparée de toute chose. En fait, ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’un système complet qui s’articule autour de toutes les étapes de la filière pharmacologique : de la réglementation et surveillance des médicaments à l’armoire à pharmacie du patient, en passant par la fabrication, l’emballage et l’étiquetage, la prescription, les logiciels de pharmacie et l’exécution de l’ordonnance. Or, si nous voulons assurer la sécurité des patients, tous ces éléments doivent interagir entre eux à un haut degré de précision et d’intégrité.

Il ne fait aucun doute que, même dans sa plus simple expression, l’ordonnance électronique règle le problème de la lisibilité. Les ordonnances manuscrites sont encore aujourd’hui l’une des principales causes d’erreurs de prescription. On pourrait dire que les ordonnances imprimées à partir d’un DME sont mieux; c’est le cas, mais il n’en demeure pas moins qu’elles doivent être retranscrites, par un humain, dans le logiciel de la pharmacie. Là encore, c’est une source d’erreur importante. Un service qui assure une communication en continu entre le DME et le logiciel de la pharmacie réduit ce genre de vulnérabilité.

En outre, la création d’un service d’ordonnances électroniques est aussi une occasion d’éliminer les mauvaises habitudes que nous, les médecins, avons quand nous rédigeons des ordonnances. En effet, nous utilisons des abréviations qui prêtent à confusion et des sigles qui désignent plusieurs termes. Par exemple, « HCT » renvoie-t-il à hydrochlorothiazide ou à hydrocortisone? Le symbole « U », employé pour unité, est facilement confondu avec un 0, de sorte que « 4 U d’insuline » peut être lu comme « 40 d’insuline ». Nous mettons un zéro après le signe décimal, ce qui fait que 4.0 ressemble à 40 (alors que nous devrions écrire 4, tout simplement). Le sigle QOD est souvent confondu avec QID qui lui est confondu avec QD. Encore une fois, ce genre d’erreurs persiste avec les ordonnances imprimées à partir d’un DME.

Par ailleurs, l’ordonnance électronique nous offre aussi une occasion unique de normaliser les éléments dont les médecins ont besoin pour prescrire et d’obliger ces derniers à utiliser les paramètres appropriés afin d’éliminer toute ambiguïté et de ne pas laisser place à l’interprétation, sources d’erreurs fréquentes — autrement dit, de normaliser ce que nous prescrivons, comment nous le prescrivons et la façon dont nous communiquons nos instructions.

Par contre, l’adoption de nouvelles technologies et façons de faire introduit presque toujours de nouveaux types d’erreurs, et l’ordonnance électronique ne fait pas exception. Le DME a éliminé certains des problèmes de sécurité inhérents aux dossiers papier, mais en a tout de même créé de nouveaux.

Pensons aux erreurs qui figurent dans les listes déroulantes des systèmes électroniques, qui font qu’on sélectionne du Dilantin au lieu du diltiazem. Il y a aussi les erreurs liées à d’anciennes ordonnances, inactives depuis des années mais réactivées par inadvertance parce que les ordinateurs ont une mémoire d’éléphant et que l’information est donc conservée dans le DME ou le logiciel de la pharmacie à perpétuité. Nous savons aussi que, pour une raison ou une autre, les systèmes informatiques excellent dans l’art de propager à l’infini l’information erronée qu’on a eu le malheur d’y consigner. Un médicament prescrit par erreur au moyen d’un service d’ordonnances électroniques, particulièrement s’il verse automatique les données dans d’autres systèmes (systèmes provinciaux d’information sur les médicaments, systèmes de réclamations d’assurance, systèmes hospitaliers, systèmes de groupes de pharmacies), est une situation difficilement réversible.

Enfin, en automatisant la prescription, nous nous privons d’un mécanisme de sécurité sous-estimé, soit l’évaluation par le patient. Je crois qu’il nous est tous arrivé un jour qu’un patient, après avoir reçu son ordonnance, nous signale une erreur dans le nom du médicament ou la posologie, ou même nous fait remarquer que nous avons inscrit l’information dans le mauvais dossier. Nous perdons cette double vérification ou, du moins, nous la retardons — et cet aspect mérite qu’on s’y attarde.

Malgré ces quelques ombres au tableau, il est certain qu’un service d’ordonnances électroniques bien pensé, efficace et, surtout, assez souple pour être bonifié avec le temps, améliorera énormément la sécurité des patients.

 

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mHamilton 100Dr Michael Hamilton, médecin-chef et spécialiste de l’innocuité des médicaments, Institut pour la sécurité des médicaments aux patients du Canada (ISMP Canada)

Membre de l’équipe responsable de l’analyse des incidents liés aux médicaments à ISMP Canada, Michael contribue aux enquêtes sur les erreurs de médicaments et collabore aux projets de recherche de l’Institut. Il a aussi le privilège de conseiller des professionnels de la santé, des administrateurs, des décideurs et des législateurs au sujet des enjeux touchant l’innocuité des médicaments.

 

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